Dossier Pédagogique – Un peu de culture Hip-Hop

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HISTOIRE DU  HIP HOP

 Le hip-hop, art total et mouvement de conscience

L’idée de « Culture hip hop » a plusieurs parrains : Afrika Bambaataa, Kool Herc, Grand Master Flash… Ils ont eu pour point commun d’animer les street parties du Bronx au milieu des années 70 à New York. Il est certain que le terme hip hop est né dans ces fêtes de quartier, à la fois des lieux de brassage musical (entre disco, électro, funk, sons jamaïcains), d’innovations DJ (dubbing, scratch, break beat, remixe) ou gestuelles (breaking, electric Boogie).

Une puissance inégalée fait vibrer le public au son du break beat. Au lieu d’enchaîner les disques, les DJ’s les désossent en fragments et reconstruisent un rythme leave. Dans les blocks parties, les premiers rappeurs et danseurs s’exercent, littéralement tenus par le rythme et l’interpellation (talk over) des Maîtres de cérémonie (MC’s). Les échanges des danseurs et rappeurs entre eux et avec le public transforment les bagarres rituelles de quartier en scènes chorégraphiées par les breakers et rythmées par les joutes verbales des MC’s. De véritables équipes (crew) se forment, perfectionnant leur style.

>> Voir un extrait de 8 Mile de Curtis Hanson (1995) 

 Etymologie du mot hip-hop

Le terme «hip-hop» a plusieurs origines étymologiques. Et c’est parce qu’il y a différentes significations et qu’il évoque plusieurs idées que le terme hip-hop a été retenu pour décrire ce mouvement. Il pourrait signifier selon certains le fait d‘évoluer grâce à l’intelligence. Le « hip » est un terme utilisé dans les ghettos noirs américains, provenant du mot « hep »signifiant en argot noir (jive talk) « être affranchi » mais aussi « compétition ». « Hip » signifie aussi « à la mode » et également « intelligence » dans le sens de débrouillardise. « Hop » est l’onomatopée du saut. L’appellation «hip-hop» rappelle la place privilégiée de la danse, la plus ancienne expression artistique du mouvement, puisque « to hop » signifie danser. Les sonorités des mots « hip » et « hop » évoquent la danse et les figures que réalisaient les breakers du Bronx. Le Hip-hop signifie donc progresser, avancer d’un point de vue social mais aussi créatif, grâce à son intelligence.

 Le contexte socio-économique de la naissance de la culture hip-hop

Pour véritablement comprendre dans quel contexte la culture hip-hop est née, il est nécessaire de connaître, dans ses grandes lignes, la situation économique et sociale précaire des classes afro-américaines et latino-américaines de la ville de New York à la fin des années 60 où les mouvements identitaires se forment et sont réprimés : démantèlement systématique de l’organisation d’autodétermination des Black Panthers par le FBI, disparition des leaders (assassinat de Malcolm X en février 1965 et de Martin Luther King en avril 1968). Les communautés des grandes villes, en particulier New York, se replient sur elles-mêmes dans des ghettos où les gangs prennent une importance sociale de plus en plus marquée.

L’insécurité, la délinquance et la drogue font alors partie du quotidien. Dans les quartiers d’Harlem, Brooklyn et du Bronx, c’est l’effervescence, face à l’inefficacité, voire même des constantes brutalités des forces de l’ordre, les émeutes sont fréquentes et la violence est omniprésente dans ces bas-fonds new-yorkais.

Dès 1970, chaque pâté de maison de chaque ghetto possède son propre gang qui le protège des dealers et des autres gangs, les ambulances et même la police n’ose quasiment plus s’aventurer dans ces banlieues où règne l’anarchie et où seules ces bandes ultra violentes font la loi.

Toutefois, au milieu de ce carrefour de violence, de pauvreté et de drogue, où la survie est un challenge quotidien, d’autres directions se profilent déjà et convergent par l’état d’esprit positif et créatif qu’elles vont nécessiter. Dans le même temps, la musique noire américaine affirme son identité et le funk et la soul deviennent des modes d’expression et de revendication privilégiés. Les pionniers de cette culture posent les fondations sur lesquelles sera bâti le hip-hop : James Brown, The Last Poets, Sly and the Family Stone, Gil Scott Heron ou Stevie Wonder. La culture hip-hop naît de cet environnement défavorisé et des tensions sociales, raciales et politiques de l’époque.

Les revendications civiques des Noirs américains passent du terrain politique au terrain culturel, les rappeurs prêtent leur voix pour incarner le mécontentement, la frustration, parfois aussi la joie sauvage et sans honte de cette génération. L’extrême économie des moyens à mettre en œuvre, l’utilisation de la rue comme scène ou lieu d’exposition, la spontanéité de l’improvisation contribuent à l’élaboration et à la propagation d’un mouvement culturel qui va dominer la fin du XXe siècle.

AfriKa Bambaataa et la Zulu Nation

A l’origine la Zulu Nation est une tribu d’Afrique du Sud qui est devenue un empire sous le commandement de Shaka Zulu. Kevin Donovan prend le pseudonyme d’Afrika Bambaataa, nom du chef de cette tribu et reprend la symbolique unificatrice et positive du chef Zulu qui devient la base éthique de la culture hip-hop : « Peace, Love, Unity, Get busy ! Moove ! Having Fun ! ». Il rassemble, dans son entourage, des jeunes dont les moyens d’expression  sont le rap, le graffiti, le DJing et le break dance et les réunit sous un dénominateur commun, sous un groupe du nom de The Organisation qui devient la Zulu Nation. Ainsi, tandis que les jeunes des ghettos ont inventé et développé ses différents modes d’expression, Afrika Bambaataa et la Zulu Nation lui ont donné une unité, une conscience : Le hip-hop était né.

 >> Voir la vidéo Afrika Bambaataa & James Brown Peace, Love, Unity & havig fun!

La musique
La naissance aux Etats Unis

Adaptant la tradition jamaïcaine des bals en plein air, Dj Kool Herc est le premier à organiser régulièrement des block-parties, soirées de musique improvisées dans une rue ou un vieil immeuble. Il fait durer le break, passage rythmique d’un morceau de musique où tout instrument disparaît au bénéfice du tempo nu, en combinant avec l’aide de deux platines et une table de mixage deux morceaux identiques, c’est l’apparition du break, ou breakbeat. Kool Dj Herc inspire Dj Grand Master Flash qui dans une autre partie du Bronx, crée la première table de mixage permettant d’enchaîner les disques sans interruption. Grand Wizard Theodore invente quant à lui accidentellement le scratch en posant les doigts sur le disque qu’il était en train de jouer. A partir de 1976, DJ au Bronx River Community Center, Afrika Bambaataa impose son originalité en matière de Djing rap en mixant funk, rock blanc, musique japonaise ou musique classique. Il ouvre la voie électro. Avant d’être pris au sérieux par les maisons de disques, le commerce des cassettes fait rage dans le Bronx et Harlem.

En 1977-78, les MC’s (Maîtres de Cérémonies) envahissent progressivement les clubs et discothèques des banlieues puis de Manhattan. C’est ensuite l’explosion commerciale en 1979 avec un des premiers singles de rap (« rage against politic ») enregistré. La maison de disque Sugarhill va jouer le même rôle que la légendaire Motown pour le Blues et le R&B, elle réinvente un son.

Le single Rapper’s Delight du collectif Suggarhill Gang, tube mondial avec deux millions d’exemplaires vendus précipite alors le rap dans la jungle de l’industrie musicale.

En 1981, c’est la sortie du disque « The Adventures of Grandmaster Flash on the Wheels of Steel (roues d’acier) », référence en matière de mix et de scratch. En 1982, Grand Master Flash avec les Furious Five dans The message, contribue à la reconnaissance internationale du rap par le phrasé des MCs et le contenu des lyrics (texte) traduisant une réalité sociale.

Avec Planet Rock, Afrika Bambaataa va influencer la « West Coast Sound », les premiers rappeurs de la côte ouest.

Tandis que le disque de scracth Rock it de Herbi Hancok et Grandmixter DST devient un tube sur les radios.

En 1984, le label Def Jam de Rick Rubin et Russell Simmons, révolutionne également la production hip-hop. En s’ouvrant sur une diversité musicale, il permet à chaque groupe de développer son propre concept :

Public Enemy (rap engagé)

Beasties Boy (Rap & Roll) et Run DMC, pionnier dans le son avant le succès planétaire de leur album Raising Hell et la rencontre avec Aerosmith.

 Le glissement du rap

Avec l’album « Straight Out of Compton », le centre du hip-hop se déplace de New York vers Los Angeles. Au milieu des années Reagan, Compton est l’un de ces quartiers défavorisés du Centre-ville, de plus en plus nombreux, où la désindustrialisation, la décentralisation, le trafic de cocaïne, les gangs rivaux, le commerce des armes et les brutalités policières se combinent pour déstabiliser les communautés pauvres. Le chaos s’installe, et pour longtemps. Le gangsta-rap en est la bande sonore. Les paroles de Compton, album et lieu mythique, peuvent s’appliquer à n’importe quel quartier pauvre. De Portland à Paris, chacun a une histoire à raconter, un «flic» à combattre, une révolte à déclencher.

Niggers With Attitude (N.W.A.), Straight Out of Compton:

La concentration dans l’industrie musicale transforme aussi la scène du hip-hop. Entre le début et le milieu des années 1990, plusieurs labels indépendants, qui avaient lancé ce genre musical, sont rachetés par des majors. Résultat, les groupes de base de la rue n’accèdent plus au firmament des hit-parades. Les agents des artistes vendent des stars de plus en plus policées et préparent la relève. Le nouveau hip-hop, numérisé et conçu pour la radio, devient de la pop grand public. Soutenus par les mastodontes de la distribution discographique, les stars du hip-hop s’habituent à vendre 500 000 exemplaires (disque d’or) ou plus dès leur premier album. Une demi-douzaine de magazines sont lancés pour profiter de cette nouvelle manne publicitaire. Les grandes entreprises hollywoodiennes ne sont pas en reste, qui font des rappers LL Cool J et Ice Cube des stars multimédias. Des artistes de seconde zone se voient proposer des contrats publicitaires pour des produits comme Sprite ou les vêtements Gap. Le producteur Russell Simmons déclare que la génération hip-hop est «la meilleure bâtisseuse de marques que le monde ait jamais connue». Ses fans sont devenus des consommateurs.

 Quelques grands noms de la scène musicale Hip-hop internationale actuelle : Drake, Kendrick Lamar, Kid Cunny, The Roots, Eminem, Danny Brown …

En France

Le rap devient visible en France à partir de 1984 en étant diffusé par les nouvelles radios libres (radio Nova, Carbone 14, RDH…), laboratoires naturels des DJ. Sydney y anime les ondes de Radio 7 et invite Afrika Bambaataa puis son émission H.I.P. H.O.P. est présentée sur TF1. Grâce à cette dernière le hip-hop devient rapidement très populaire et se répand partout en France. H.I.P. H.O.P. est la première émission au monde entièrement hiphop. Sidney fut le premier rappeur français connu du “grand public”. Il fut également le premier présentateur de télévision noir de France.

C’est à la fin des années 1980 que le rap français apparaît sur les ondes. Les premiers membres dont la notoriété dépasse le cercle des initiés sont Nec+Ultra, EJM, Litlle-MC, Timide et Sans Complexe, NTM, M.C. Solaar. On découvre les premiers freestyles de ces derniers ainsi que ceux de Saxo, Rico, New Generation MC’S, Assassin et Minister AMER en direct dans l’émission Deenastyle, présentée par Dee Nasty sur Radio Nova ou sur Voltage FM. Le rap français naît avec un ton revendicatif et des textes évoquant le racisme, la précarité, le chômage ou la violence même si ce sont leurs morceaux festifs qui leur permettent de gagner une notoriété nationale :

NTM sort son premier maxi « Le monde de demain », suivi de l’album « Authentik ». Le rap social hardcore prend une force singulière alors qu’une série d’émeutes agitent les Banlieues de Vaux-en-Velin à Mantes-la-Jolie.

IAM marque son originalité la même année avec son premier album, « La Planète Mars », ouvrant la lignée d’un rap aux lyrics très élaborés.

 Vidéo de « Petit Frère » :

MC Solaar d’une autre manière avec « Qui sème le vent, récolte le tempo », un rap groove dans la lignée américaine de Tribe Called Quest, De la Soul, Jungle Brother.

>>> Vidéo de « Bouge de là » :

Ministère AMER sort son premier album, « Pourquoi tant de haine », dans la lignée des textes sans concessions s’inscrivant dans une mouvance afrocentriste. (Le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua tente d’interdire le titre « Femme de flic ».)

Vidéo Sacrifice de Poulets

Le groupe Assassin représente une autre branche engagée du rap plus politisé. Avec sa propre maison de production, il sort l’album « Le futur, que nous réserve-t-il ».

Vidéo Le Futur que nous réserve-t-il

À la fin des années 1990, le rap devient un courant musical majeur en France notamment grâce à la médiatisation assurée par la radio Skyrock qui en fera sa spécialité (son crédo). Beaucoup d’argent est en jeu et on assiste à l’apparition d’un rap business tout comme aux États-Unis. Toutefois un style proprement français se développe qui se détache du modèle américain. La France devient la deuxième scène mondiale de rap.

Le succès retentissant de rappeurs provocateurs et revendicatifs issus des banlieues, dans lesquelles ils officient depuis des années, est l’occasion d’un débat sur les conditions de vie dans cet environnement. Paradoxalement, cette intégration progressive dans l’industrie culturelle et cette notoriété grandissante sont émaillées d’une série d’incidents avec la police et la justice. La compilation « La Haine » à la sortie du film de Mathieu Kassovitz focalise l’attention des médias. Un titre de Ministère AMER, « Sacrifice de Poulet » est assigné en justice pour « incitation au meurtre ». En 1996, NTM connaît des démêlés avec la justice, suite à un concert à la Seyne-sur-Mer. Sa participation au festival de Châteauvallon est annulée sur pression du préfet du Var.

Le coup de projecteur médiatique n’apporte malheureusement aucune solution et l’échange entre les banlieues représentées par les rappeurs et la classe politique tourne au dialogue de sourds, comme lors d’une émission télévisée en 1997 durant laquelle le député RPR Éric Raoult demande au groupe NTM combien de « thunes » ils ont réinvesti dans leur quartier. Le mouvement hip-hop est profondément ancré dans ce milieu social et le rap est la première expression musicale qui en est issue. Son succès provoque un véritable phénomène de société : la jeunesse des banlieues redécouvre le plaisir de jouer avec la langue de manipuler les mots, les sons et les sens. Le rap devient une porte vers la réussite et la célébrité.

La danse

Origines du break dance

Il est extrêmement difficile de dater précisément une genèse du break dance. À la fin des années 1970, New York est un vivier cosmopolite où chaque couche d’immigration a développé son style de danse. Il est vraisemblable que les danses les plus populaires à l’époque étaient le good foot et le popcorn, inspirées des chansons « Popcorn » (1969) et « Get On The Good Foot » (1972) de la superstar noire américaine, l’emblématique James Brown qui développe dans ses shows des pas et mouvements de danse originaux qui deviennent très vite populaires dans les ghettos noirs. Energiques et parfois même acrobatiques, ces danses consistent en un travail très rapide des pieds sur le rythme, le centre de gravité du corps demeurant constamment au ras du sol. Ces jeunes s’inspirent également des mouvements du swing, du charleston du lindy hop ou des claquettes.

La danse hip-hop a aussi emprunté au lockin‘ qui est alors la danse la plus populaire sur la Côte Ouest des États-Unis. Le locking ou Funky Chicken est un mélange des danses de club des années 1970 et des mouvements acrobatiques des danseurs de claquettes régi par un principe de décomposition des mouvements et « d’arrêt sur image ». On y trouve aussi l’influence du popping, danse popularisée par les Electric Boogaloos dont le principe de base est la contraction et la décontraction des muscles en rythme. Le Popping est complété par un grand nombre de danses Funkstyle debout parmi lesquelles : Le Twisto-Flex, Le Neck-o-Flex, Le Walkout, Le gliding, Le Tutting, l’Animation, Le Ticking, Le Robot, Le Bopping, Le Waving, Le Boogaloo, l’Electric boogie, le Fillmore, le Liquid Pop, le Vogueing, L’Upwork, La hype

Les autres danses urbaines associées au hip hop sont : la house née à Détroit et à Chicago au début des années 1980. Elle est issue d’une fusion entre le jacking, une danse de club, et des pas hip hop ; le New Style ; et le krump (Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise) danse, non-violente malgré son apparence agressive à cause des mouvements exécutés très rapidement. Tout comme dans les débuts du hip hop, le Krump permet aux jeunes des ghettos de canaliser leur colère et leur rage, et tous leurs sentiments négatifs et de les faire ressortir sous une forme plus positive. La pratique du krump est de plus en plus courante, popularisé par les ” battle “. [NB : Contrairement à la danse hip hop née de la rue et ancrée dans les valeurs du défi positif la Tecktonic est une danse formatée à des fins commerciales. Tecktonik (TCK) est une marque commerciale française qui commercialise différents produits autour de la danse électro.]

Les jeunes danseurs hip-hop fréquentent alors les premières block-parties et trouvent un support musical ainsi qu’une ambiance dans laquelle ils peuvent réaliser leurs défis. En 1974-75, les block parties prolifèrent et deviennent le rendez-vous de tous les danseurs qui, par la force des choses, commencent à affiner leurs pas et à en développer de nouveaux dans le but d’épater la foule dansante. Ces derniers aiment en particulier se produire lors du break d’un morceau de musique ; pour cette raison, on les nomme alors b-boy (diminutif de break-boy) ce surnom leur ayant été donné par Dj Kool Herc lui-même. Par extension, on utilisera le terme break dance.

Au milieu des années 70, le b-boying (ou breakdance) a déjà évolué par rapport aux danses originales et originelles précitées comme le style rythmé et parfois acrobatique de James Brown. Les danseurs b-boys se lancent des défis et créent un style toujours plus impressionnant, innovant avec de nouvelles figures, elles consistent en un travail debout et au sol qui s’inspire, en plus, de danses africaines et sud-américaine, notamment de la capoiera (danse brésilienne qui permettait aux esclaves noirs de pratiquer d’une manière détournée un entraînement au combat).

1977 / 1986 : l’âge d’or du Break dance

Au début des années 70, les figures acrobatiques, comme on les connaît aujourd’hui, sont encore absentes se développent de 1977 à 1986 dans l’ère newyorkaise.

Le hip-hop tire sa force créative d’un travail collectif, ainsi que de la participation active du public. En effet, les « choré » (petite partie d’une chorégraphie) se montent en commun, chacun des membres apportant sa pièce à l’édifice en proposant des nouveaux pas au sein du cercle. Ainsi entre des phases de danse collective, des morceaux individuels sont intercalés. Si l’on veut se faire accepter du « posse » ou « crew » (groupe d’amis) et plus généralement du « mouv’ » (c’est-à-dire le mouvement hip-hop), il ne suffit pas de savoir danser mais il s’agit d’acquérir un certain état d’esprit. Le hip-hop est une culture issue de la rue, de cette spécificité découle le code de conduite à adopter. Des principes indéfectibles donnent au mouvement toute sa cohérence : les notions de cercle, de « free style » (danse individuelle basée sur l’improvisation), de défi et de respect, d’authenticité tiennent une place essentielle dans la culture hip-hop.

 Quelques « crew » de break dance américaines :

  • Le Rock Steady Crew fondé à New York en 1977 sera un des groupes mythiques de l’âge d’or du break dance, avec des membres tels que Crazy Legs, Ken Swift, Mr Wiggles ou bien Frosty Freeze.
  • Le Rock Steady Anniversary est une célébration qui se déroule chaque année à New York, sous les auspices de la Zulu Nation. Cet événement est également connu en raison d’un concours de danse, le Spy Award, qui s’y déroule.
  • Les New York City Breakers, éternels rivaux du Rock Steady Crew, ils sont surtout connus pour une apparition télévisée au Lincoln Center en 1985, aux côtés du président des États-Unis Ronald Reagan qui les avait invités pour affiner son image auprès des jeunes. Ses membres les plus connus étaient Speedy, Mister Wave, Flip Rock.
  • Les Dynamic Rockers, autre groupe mythique de l’âge d’or new-yorkais, faisaient de la gymnastique ensemble au lycée avant de se lancer dans la danse. Ce sont eux qui ont introduit l’aspect acrobatique du break. A noter que certains de ses membres vont se tourner vers la musique et créer le groupe Break Machine.
  • Les Style Elements (San Francisco).
  • le Rock Force Crew (San Diego)

Le break implique un changement en profondeur dans la façon de trouver des points d’appui, et nécessite une grande rigueur. Les figures sont élaborées au sol selon une géométrie circulaire. La notion de cercle, indissociable du break, emprunte clairement aux rituels africains de célébration. L’objectif ultime de tout breaker est de pouvoir enchaîner ces figures imposées, en y ajoutant une touche plus personnelle. Au milieu d’un cercle, (personnes se disposant en cercle, le danseur dansant au milieu du cercle), les danseurs dansent chacun à leur tour: ils font des passages.

 Renouveau et le break dance en Europe

À partir de 1986, le hip-hop, et le break surtout, deviennent démodés à New York. Mais le break dance va très vite trouver un écho en Europe. Le mouvement franchit l’Atlantique et connaît un écho très important en France à partir des années 80. En France, dès 1981-82 le hip-hop arrive par le son (début des premières radios libres), le voyage des artistes (tournées d’Afrika Bambaataa et de ses « zulus kings »), l’image (les vidéos, les films mythiques comme « Wild Style » qui regroupe les disciplines hip-hop dans une unité de sens et présente pour la première fois ces pratiques de rue comme un « art total »). Cette force esthétique-éthique s’inscrit complètement dans la modernité des préoccupations et des modes de vie, elle transporte très vite une génération populaire « black-blanc-beur » qui émerge sur la scène sociale, politique et bientôt artistique.

Vidéo trailer du film Wild style

L’effervescence des radios libres, des terrains vagues, des free-parties, des concours (battles), constitue bientôt le creuset d’une première génération qui apparaîtra au grand public au début des années 90 à travers sa production artistique. Ces années signent aussi la sortie d’une série de films américains Beat Street de Stan Lathan avec les Magnificent Force, Breakin’ de Joel Silberg (connu en France sous le nom Break Street), suivi de Breakin’2, on trouve une séquence « smurf » dans le film Flash Dance.

La danse hip-hop devient un nouveau courant contemporain avec la montée des premières compagnies professionnelles sur la scène des théâtres : Aktuel Force, Black Blanc Beur, MBDT, Un Point c’est tout (fondé par Thony Maskot, chorégraphe de MC Solaar), GBF, Art Zone, Boogi Saï, Macadam, pour la région parisienne ; Melting Spot, Funk attitude, Dans la rue la danse pour le Nord ; l’école lyonnaise avec Traction Avant, Accrorap, Azani, Saïlence, Kafig ; Toulouse avec Olympic Star, etc. Il existe de nos jours une trentaine de groupes bien établis sur le plan national.

Après la création de Battle Of The Year en Allemagne, c’est le Festival Suresnes Cité Danse qui permet au Hip-hop sa reconnaissance institutionnelle. En avril 1996, La Villette et le TCD organisent les premières Rencontres des danses urbaines à la Villette, lesquelles deviennent un grand rendez-vous de la culture hip-hop en accueillant des compagnies amateurs et professionnelles qui présentent des chorégraphies de plus en plus élaborées.

Le graffiti

Keith Haring – Political Lane

L’immigration portoricaine et sud-américaine apporte à New York la tradition du mur peint (1920/30), forme artistique narrative descriptive telle que le muralisme mexicain qui se mixe avec la culture noire du ghetto. Importée de Philadelphie en 1967, l’idée d’inscrire son nom suivi du numéro de sa rue sur les murs de leur quartier est reprise par les premiers taggers comme Julio 204, Frank 207 ou encore Taki 183 qui, dès 1969, s’attaquent aux stations et aux intérieurs des rames du métro new-yorkais, moyen de communication idéal pour véhiculer son nom dans toute la ville et l’exposer ainsi aux yeux d’un très large public.

En automne 1971, suite à un article paru dans le New York Times du 21 juillet de la même année, présentant Taki 183 comme un jeune original avec un loisir unique et fascinant, les intérieurs des wagons du métro sont saturés de pseudonymes, raison pour laquelle les jeunes émules générés par ce fameux article décident alors de s’emparer de l’extérieur des wagons.

Face à cette compétition acharnée et à la masse de signatures qui recouvrent désormais totalement le métro, il devient difficile de ne pas sombrer dans l’anonymat. Certains writers se démarquent dès lors en stylisant leur signature et en l’agrandissant pour la mettre en valeur ; c’est ainsi qu’au début de l’année 1972 Super Kool 223 réalise la première pièce de l’Histoire. C’est alors l’apogée de la compétition : tout le monde invente, copie, modifie et agrandit jusqu’à ce qu’un wagon soit entièrement couvert en 1973, année charnière durant laquelle les techniques s’affinent, les styles se précisent et les writers s’affrontent dans une guerre graphique où le vainqueur reçoit de ses pairs le titre éphémère de roi de la ligne. L’ultime étape est atteinte la nuit du 4 juillet 1976, lorsque Caine, Mad 103 et Flame 103 peignent ensemble « The Freedom Train », une composition de 11 wagons intégralement peinte, ce que l’on appelle dans le jargon un whole train.

A la fin des années 70 et surtout au début des années 80, la lutte contre ce que les autorités de New York qualifient de nuisance en Technicolor s’intensifie et les médias, aidés de quelques artistes reconnus et issus du « phénomène graffiti » exportent l’idée dans les capitales européennes. En 1971, le New York Times officialise le phénomène tag dans un article. Entre 1972 et 1977, 1500 personnes sont arrêtées sous la loi anti-graffiti, peu encline à accepter le writing (signature des « writer ») comme un art à part entière.

A partir de 1973, le tag se diversifie en lettrage recherché et s’allonge en masterpiece (graff) : bubble style, top to botom. Phase2 des UGA (United Graffiti Artists) participent à la constitution d’une langue propre. Ils développent le wildstyle, lettrage sophistiqué qui préserve le caractère « sauvage » du tag. Une langue propre à l’art de la rue naît le « New York city graffiti ». Koor, A-One, Lee, Blade, Daze, Dondi, Toxic, Seen, Blast, Noc font partie dans la seconde moitié des 70 de ces précurseurs d’un expressionnisme aérosol original.

En 1979, Futura retrouve le mouvement à New York après l’avoir quitté en 1973 et fonde avec Zephyr les Soul Artists. Ils contribuent aux premières expositions newyorkaises et à la visibilité du graffiti dans le monde de l’art. Des artistes comme Jean-Michel Basqquiat et Keith Haring, influencés par la peinture européenne et la culture underground trouvent une expression originale par la rencontre avec les tagueurs et l’art du grafitti. En 1982, la sortie du film « Wild Style » de Charlie Ahearn constitue une véritable bombe. On y retrouve dans le rôle féminin principal Lady Pink, seule graffeuse avec Lady Heart à officier dans le métro New-yorkais. C’est moins pour l’histoire tourmentée d’un graffeur pris entre sa passion et sa vie privée que le film deviendra une légende mais en montrant pour la première fois cet art de la rue comme un « art total », appartenant avec le breaking, le raping et le djing à une force cohérente, la culture hip-hop. Il va imprégner toute une génération, contribuant à l’attraction américaine en France.

Jean-Michel Basquiat

Né d’une mère portoricaine et d’un père haïtien, Jean-Michel Basqquiat commence comme artiste de rue peignant des graffitis, avant de devenir un artiste d’avant-garde très populaire et pionnier de la mouvance dite “underground”. En 1966, Basqquiat et son ami Al Diaz commencent l’art du graffiti en peignant au spray sur les taudis de Manhattan et dans les alentours des galeries. Leurs œuvres comportent toutes deux caractéristiques particulières, un style nerveux, violent et énergique et une certaine poésie avec d’étranges symboles. Ces dernières leurs deviennent d’ailleurs graduellement typiques. C’est en 1977 que Basqquiat commence à signer ses graffitis SAMO (ou same old shit), signifiant en français littéralement « même vieille merde » ou plus proprement dit « rien de neuf ».

Keith Haring

Artiste majeur des années 1980, Keith Haring, se forme à l’école des Arts Visuels de New York où, il découvre une culture alternative qui sort des musées et des galeries pour conquérir la rue, la ville. C’est ainsi qu’il est tout d’abord inspiré par le graffiti. Tenant du Bad Painting et soucieux de toucher un large public, il commence à dessiner à la craie blanche sur des panneaux publicitaires noirs du métro de New York. Comme de véritables performances, il court, repère un espace vide, le recouvre de papier craft et dessine dessus rapidement. Il grave également des dalles de grès des trottoirs dans l’East Village (elles sont toujours présentes de nos jours). Un photographe, Tseng Kwong Chi, le photographie en permanence, même quand la police l’arrête. Il exécute plusieurs milliers de ces dessins, aux lignes énergiques et rythmées.

En France, les graffeurs s’exposent en galerie tout en continuant les sessions illégales sur le terrain. Le graff préserve en cela un côté « sauvage » à côté du travail en atelier : Jay, Skki, Ash2 (BBC), André, Axone, Hondo, Jone One, KKT, Mambo, Megaton (Base 101), Meo, Popay, RCF, Darco, Sandra, Schuck (Bazalte), Seeho, Sid-B, Spirit, TCK, A-One, Jonone, Sharp, Echo, Mode-2…

 

>> Vidéo : La tour Paris 13, du street-art à grande échelle. Reportage Le Mouv’ :

http://www.lemouv.fr/diffusion-la-tour-paris-13-du-street-art-a-grande-echelle

C’est le plus ambitieux projet de Street art jamais réalisé en France. Nuits et jours depuis sept mois, une centaine d’artistes, venus du monde entier, repeignent à Paris une immense tour vouée à la destruction. Un chantier que pourra bientôt visiter le public. Mais pendant un mois seulement. Après, on rase tout.

 

 

Cette fiche pédagogique a été réalisée par   Laure Grandjean, Professeur relais  Service des Publics et de la Médiation la villette

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